Regards d'enfants sur la vendetta
En Albanie, des centaines de familles se déchirent au nom de la vendetta. Les enfants paient un lourd tribut à cette tradition de mort. Grâce à l’action du centre culturel Lindart de Tirana, certaines de ces jeunes victimes ont pu exprimer leur souffrance et leurs espoirs en photographiant leur quotidien. Certains de ces clichés ont été exposés récemment à Vitrolles, à l’initiative du comité local du MRAP et de l’association Albania.
La vendetta est une vengeance coutumière bien attestée dans le monde méditerranéen. Une bien triste tradition dont Prosper Mérimée avait fait le personnage principal de sa célèbre nouvelle Colomba. Chez nous, de tels usages refont parfois surface, en Corse notamment. Mais c’est sous une forme particulièrement cruelle qu’elle sévit aujourd’hui, en pleine Europe.
En Albanie le code d'honneur frappe des centaines de familles, les obligeant à rester cloîtrées chez elles pour éviter de subir la “ gjakmarrja ”, la loi du sang. Femmes et enfants ne sont plus épargnés. Cette situation d'un autre âge ne se limite pas aux seules campagnes reculées du Nord de l'Albanie mais touche aussi des villes importantes de cette partie du pays, comme celle de Shkodër. A Tirana la capitale, le centre associatif à vocation culturelle Lindart, soucieux de dénoncer cette situation a décidé d’agir à sa manière. En 2004, il a voulu donner le moyen de s’exprimer à ces enfants du Nord de l'Albanie, enfermés chez eux pour échapper aux menaces.
Cent soixante-cinq clichés réalisés par les enfants
Quinze enfants en situation d'enfermement ont reçu un appareil photo jetable pour témoigner de leur quotidien. Cent soixante-cinq photos ont été réalisées, développées et parfois accompagnées de lettres (au Premier ministre albanais par exemple) ou de poèmes écrits par les enfants.
Ces clichés dépeignent souvent les mêmes thèmes : l'environnement proche avec la chambre, la maison, parfois le jardin, mais aussi les murs. La famille aussi et bien sûr la photo du défunt à partir duquel court la vendetta. On y voit les alentours, le paysage agréable mais devenu si dangereux.
Le MRAP, avec l'aide précieuse de l'association Albania, a présenté à Vitrolles, en avril et mai, une sélection de cinquante de ces photographies, témoignages de la situation et du talent d'enfants menacés de mort. Un livret accompagnait l'exposition, vendu 5 euros au bénéfice de l'action.
Il s’agissait aussi d’aider les ONG locales dans leur patient travail d'explication et de pression sur les autorités responsables. En avril dernier, une avancée a eu lieu à ce sujet : Mark Bello, le ministre chargé des problèmes humanitaires et de la lutte contre la corruption a déclaré “ la vengeance est un crime ” et souhaite renforcer les lois contre la vendetta. L’avenir proche dira s’il ne s’agit pas que d’un vœu pieu.
Evelyne Verlaque









