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Le cauchemar de Darwin

CINEMA un film à voir

Le cauchemar de Darwin

de Hubert SAUPER 1H47 A travers le scandale de la perche du Nil, un document effarant sur les rapports Nord-Sud La perche du Nil, un poisson exporté en Tanzanie dans les 60 est la cause d'une véritable catastrophe écologique organisée. Ce poisson qui décime toutes les autres espèces est exploité par une industrie lucrative au bénéfice des pays occidentaux. En effet, tout au long de ce documentaire, nous découvrons que non satisfaits de s'approprier cet espace naturel " le lac Victoria", les occidentaux y élèvent à leur propre fin la perche du Nil. Un commerce fructueux dans un pays qui connait la famine dont la population ne peut pas accéder financièrement à ce produit. Digne des meilleurs policiers, le cinéaste met un scène deux détectives prenant pour l'occasion l'allure de pilotes d'avion puis de missionnaires humanitaires ou encore d'hommes d'affaires afin de faire émerger la réalité. Traquant inlassablement, durant des mois, les complices de ce drame qui s'appèllent " commissaires européens" délivrant des certificats d'hygiène, "hommes d'affaire" réalisant d'énormes bénéfices, "compagnies d'aviation" transportant ce poisson et quoi d'autre? Telle est aussi la question. Tout au long de ce film, nous voyons le défilé quotidien de ces gros porteurs transportant chacun aux quatre coins du monde plus de 50 tonnes de cette chair précieuse. Mais que portent-ils à l'aller? La mort! Effrayant et obcène cet aveu exprimé après des mois de discussion.Oui ce sont bien des armes qu'ils transportent. Non contents de s'approprier le lac Victoria à leur seul profit, d'exploiter la population locale pour cette production destinée à l'exportation, de développer la famine avec la disparition de la faune locale, ils importent des armes.

Commerce équitable : un des outils de transformation de la société

Sera-t-il possible un jour de sortir de l’économie capitaliste? De sortir de la marchandisation mondiale et de l’exploitation? De concilier économie et solidarité? Faut-il pour cela attendre que l’État et la politique en décident et édictent des lois en ce sens? Et, si possible, les appliquent? Des populations, des groupes de personnes de plus en plus nombreux en France, en Europe et dans le monde ont commencé à répondre à ces questions. Qu’il s’agisse du commerce équitable, du mouvement coopératif, des systèmes d’échanges locaux (SEL), de la gestion de services urbains, des associations pour le maintien de l’agriculture paysanne (AMAP) qui rassemblent des consommateurs et des agriculteurs, ou encore des banques solidaires, la société civile se montre inventive pour aller vers un développement durable humain et solidaire. Ce n’est pas d’aujourd’hui, mais cela foisonne de plus en plus. En France, l’économie sociale s’étend et s’organise, avec 2 millions de salariés, des ressources de 150 milliards d’euros (hors des banques coopératives), 700 000 associations pour 960 000 emplois. Il y a 20 000 coopératives qui couvrent un très grand nombre d’activités avec 500 000 salariés, de nombreux salariés qui proposent de transformer leur entreprise en difficulté en SCOOP- ce qui ne plaît guère aux représentants de l’État comme chez Lustucru à Arles. Un Français sur quatre est assuré par l’une des 35 mutuelles.

Les écarts entre riches et pauvres, entre et Nord et Sud continuent de se creuser. Le commerce équitable est un outil d’aide au développement des communautés les plus défavorisées du tiers monde. L’idée que ses principes, ses critères, ses valeurs pourraient s’étendre à l’ensemble des échanges commerciaux dans le monde commence à percer. Cette idée progresse, avec la conscience qu’un autre mode d’échange que l’organisation libérale du commerce est possible.

Face à la mondialisation libérale et à ses outils financiers et commerciaux,(FMI, Banque Mondiale, Banque centrale européenne, OMC), il est nécessaire de promouvoir une vision alternative du monde. De construire pour la société un projet de vie qui ne considère pas toute chose ou tout être vivant comme marchandise. Un projet qui remette l’être humain et son environnement au cœur des processus de développement : Un véritable co-développement humain durable et solidaire basé sur: le développement des services publics, les échanges et l’économie équitables, la coopération scientifique et technique, la démocratie participative. Sylvie Mayer Chercheuse en Biologie. Ex-députée européenne ( 1979-1994)

BREVES 1) Les pays du Sud doivent aujourd’hui recourir à l’emprunt afin de payer les intérêts financiers avec pour des conséquences douloureuses pour leur population. Le FMI contraint ces pays à prendre des mesures d’austérité drastiques. Par ex, le FMI contraignit le gouvernement thaïlandais à fermer des centaines d’hôpitaux et d’écoles, à réduire ses dépenses publiques, à suspendre la réfection des routes et à révoquer les crédits que les banques publiques avaient concédés aux entrepreneurs thaïlandais. * 2) Dans les États membres des Nations Unies, 113 millions d’enfants de moins de 15 ans n’ont pas accès à l’école. 62 % d’entre eux sont des filles. * 3) Ceux que la banque mondiale appelle pudiquement les « extrêmement pauvres » vivent avec moins d’un dollar par jour – et pour la plupart d’entre eux, avec beaucoup moins encore. Ils sont aujourd’hui plus de 1,8 milliard. Leur nombre a augmenté de 100 millions en près de dix ans ! Pour les libérer de leur prison, l’abolition immédiate et sans contrepartie de la totalité de la dette extérieure de leur pays respectifs est indispensable. * 4) Environ 30 000 enfants en dessous de dix ans deviennent aveugles chaque année au Bangladesh, par manque de vitamine A. L’OMS estimait qu’à la suite des inondations ce chiffre allait au moins quintupler en 2004. Parmi les maladies les plus communes et les plus répandues provoquées par cette insuffisance, il y a le kwashiorkor, fréquent en Afrique Noire, l’anémie, le rachitisme, la cécité. Les adolescents victimes du kwashiorkor ont le ventre gonflé, les cheveux qui deviennent roux, le teint jaune. Ils perdent leurs dents. Quiconque est privé en permanence d’un apport suffisant de vitamine A devient aveugle. Le rachitisme empêche le développement normal de l’ossature de l’enfant. * 5) La destruction des terres agricoles palestiniennes, le détournement des nappes phréatiques, le blocus de toutes les villes et tous les villages de Palestine par l’armée d’occupation israélienne ont fait chuter de plus de 42 % le produit intérieur brut palestinien depuis le début de la deuxième Intifada, en septembre 2000. Dans les écoles de l’UNRWA, à Khan Younès, Rafah et Beït Hanoun, il arrive fréquemment que les écoliers et écolières tombent d’inanition, perdent conscience du fait de l’anémie. Conséquence de la malnutrition infantile, des milliers de nourrissons palestiniens subissent des dommages cérébraux irréversibles. * 6) La carence en fer est la cause la plus répandue de la faim invisible. Le fer est indispensable à la formation du sang. Son absence provoque l’anémie, qui se caractérise notamment par une insuffisance d’hémoglobine. 1,3 milliard de personnes de par le monde souffrent d’anémie. Parmi elles, environ 800 millions sont frappées par un type d’anémie qui trouve son origine dans le manque de fer. Or, l’anémie dérègle le système immunitaire. * 7) Pour la nourriture des bébés âgés de six à vingt quatre mois, le fer est essentiel. Son absence endommage la formation des neurones cérébraux. Dans les 49 pays les plus pauvres, c’est le cas de 30 % des bébés. Ils souffriront de déficiences mentales leur vie durant. Environ 600 000 femmes par an meurent durant leur grossesse par suite d’une carence sévère en fer. Environ 20 % de toutes les mères mourant en couches périssent des suites d’une déficience en fer. * LA DETTE

8) Au début des années 1980, le FMI a imposé un plan d’ajustement structurel particulièrement sévère au Brésil. Entre autres, interrompu une campagne nationale de vaccination contre la rougeole. Une épidémie effroyable de rougeole s’est alors déclarée au Brésil, en 1984 exactement. Des dizaines de milliers d’enfants non vaccinés sont morts.* 9)La fortune privée du défunt dictateur du Zaïre, aujourd’hui République démocratique du Congo, le maréchal Joseph Désiré Mobutu, s’élève à environ 8 milliards de dollars. Ce butin est caché dans certaines banques occidentales. En 2004, la dette extérieure de la République démocratique du Congo s’élevait de son côté à 13 milliards de dollars…* 10) Dans les années 1970, la dette extérieure cumulée des États d’Amérique Latine s’élevait à environ 60 milliards de dollars. En 1980, elle se chiffrait à 240 milliards. Dix ans plus tard, cette somme avait plus que doublé : 483 milliards de dollars. En 2001, chaque habitant d’Amérique Latine (vieillards et bébés compris) était redevable, en moyenne, de 2 550 dollars aux créanciers du Nord.* 11) L’UNICEF a fait ce calcul : donner accès à l’école à tous les enfants de 6 à 15 ans dans le monde coûterait à l’ensemble des Etats concernés environ 7 milliards supplémentaires par an, pendant dix ans. Cette somme est inférieure à ce que dépensent annuellement les habitants des Etats-Unis pour leurs achats de produits cosmétiques. * 12) Les Européens aiment passer leurs vacances à Marrakech, Agadir, Tanger ou Fès. Au royaume du Maroc, 42 % des adultes ne savent ni lire, ni écrire. 32 % des enfants entre 6 et 15 ans sont exclus de toute forme de scolarisation. 1 Extraits du livre de jean Ziegler « l’Empire de la Honte »

Les « brèves suites».

13) « On ne peut pas résoudre le problème des salariés du Sud sur le dos de leurs collègues du Nord. Et inversement. On a obligation d’organiser un codéveloppement si on veut réellement trouver une issue. » Nasser Mansouri, économiste de la CGT, spécialiste des problèmes du tiers-monde.

14)« L’avenir du développement est un problème politique, seulement politique ; autrement dit, l’urgence des décisions à prendre pour réorienter l’avancée de la planète vers un développement pour tous dépend d’une volonté politique. » Gérard de Bernis, professeur d’économie.

15)« Le sous-développement n’est pas une fatalité d’arriérés ; les pays pauvres n’ont pas toujours été pauvres. Le sous-développement est le résultat d’une déstructuration. » En finir avec la guerre contre les pauvres page 212.

16) L’Aide Publique au Développement (APD) française aura diminué, de 1996 à 2001, de 3 milliards de dollars, soit 10% de moins sur cinq ans. L’effort financier est tombé de 0, 43 % en 1996 à 0, 32% en 2001 ; l’objectif décidé en 1970 était de 0 70% du PNB. Engrenage et Dynamique du Racisme page 69.

17) « En 1980, les 1, 3 milliard d’habitants qui vivent dans les pays les plus pauvres étaient en moyenne 22 fois moins riches que les Américains. Vingt ans plus tard, ils le sont 86 fois moins ». cf. PNUD Programme des Nations-Unies pour le développement.

18) « Le premier Sommet pour l’Alimentation réuni à Rome en 1996 avait fixé l’objectif de réduire de moitié le nombre des 800 millions de personnes victimes ; donc ramener ce nombre à 400 millions. Or cinq ans plus tard (en 2001) le nombre des victimes de la faim était passé à 815 millions ! » Cf. Engrenage et Dynamique du Racisme page 63

19) « Les promesses n‘engagent que ceux qui veulent bien y croire« Charles Pasqua Citation de René Naba dans « Du bougnoule au sauvageon. »

20) « Nous assistons à la reféodalisation du monde. Et ce nouveau pouvoir féodal prend le visage des sociétés transcontinentales privées. » Jean Ziegler. L’Empire de la honte, page 241.

21) « Le Sud crée des richesses considérables, très vite aspirées vers les riches créanciers (banque, marchés financiers, etc.) au Nord grâce au mécanisme de la dette. Ainsi, en 2002, l’ensemble des pays en développement ont remboursé un total de 343 milliards au titre du service de la dette, soit 95 milliards de plus que les nouveaux prêts qu’ils ont reçus. Si on annule véritablement la dette du tiers-monde, on libère au Sud des sommes considérables qui rendent enfin possible une véritable lutte contre la pauvreté. » Damien Millet secrétaire général du CADTM France et Eric Toussaint président du CADTM Belgique .in l’Humanité du 13 mai 2004.

Le Gouvernement sème les embûches sur le parcours des demandeurs d’asile

La réforme du droit d’asile décidée en 2002 se met en place. Ce sont la loi « de Villepin » du 10 décembre 2003 mais aussi la loi « Sarkozy » du 27 novembre 2003, plusieurs décrets en 2004 et 2005, une circulaire en avril 2005. Les mesures se suivent et se ressemblent. Peu de bonnes nouvelles pour les demandeurs d’asile. Amnesty International Section Française, la Coordination française pour le droit d’asile et l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers se démènent pour aider les personnes en quête de protection à accéder à une procédure d’asile mais les embûches sont de plus en plus nombreuses. Des sujets de préoccupation en cascade pour la rentrée d’AISF, de la CFDA et de l’ANAFE. - Les OLI du G5. Les personnes qui doivent fuir leur pays rapidement risqueront de plus en plus de se heurter aux contrôles des Officiers de liaison européens, OLI ou OLA selon qu’ils sont « aériens » ou « immigration ». Les cinq ministres de l’Intérieur du G5 préfèrent s’entendre entre eux sur des questions opérationnelles rapidement applicables plutôt que d’affronter de difficiles négociations à 25 dans le cadre de l’Union européenne. En juillet, la presse a rapporté qu’ils avaient décidé de relancer les « charters européens ». On a moins mentionné l’annonce du renforcement du déploiement de leurs « OLA » respectifs à l’étranger, pour des échanges de renseignements et même la mise en place d’un double contrôle à l’embarquement dans certains aéroports d’Afrique ou d’ailleurs. - Les JAI. Dans le cadre des 25 cette fois, les ministres de l’Intérieur du Conseil « Justice et Affaires intérieures » font de plus en plus pression sur des pays tiers pour déplacer les contrôles des migrants vers leurs territoires. Après une mission de la Commission européenne en Libye en novembre 2004, les échanges avec ce pays se précipitent. Echanges d’informations, de matériels et de personnels, autant de mesures efficaces pour enrayer les arrivées vers le territoire de l’Union. La création de « camps » en Afrique du nord pour filtrer des demandeurs d’asile se profile à l’horizon. ZAPI et CRA. Au niveau franco-français, les conditions d’examen des demandes d’asile changent en « zone d’attente pour personne en instance » (ZAPI) pour les étrangers qui arrivent à la frontière et dans les « centres de rétention administrative » (CRA) pour ceux qui viennent d’arriver sur le territoire et sont contrôlés avant d’avoir pu se déclarer en préfecture. Les mesures prises en amont pour renforcer les contrôles montrent leur efficacité : le nombre des demandes déposées aux frontières au titre de l’asile a chuté de 10 000 à 2 500 entre 2002 et 2004. Sur le territoire, les étrangers maintenus en rétention en attente de renvoi dans leur pays peuvent certes demander l’asile mais il n’ont plus que cinq jours pour faire cette demande ; en outre, le décret du 30 mai 2005 leur supprime le droit à un interprète pour cette démarche alors que la loi les oblige à remplir le formulaire en français ! OFPRA et CICI. Avec tous ces nouveaux blocages, bienheureux le demandeur d’asile qui arrive au niveau de « l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides », l’instance qui se prononce sur les demandes d’asile, et qui peut espérer y être convoqué, entendu et pouvoir expliquer ses raisons de fuir son pays. Reste à espérer que la politique de contrôle de l’immigration définie par le tout nouveau « Comité interministériel de contrôle de l’immigration » ne viendra pas. Le directeur de l’OFPRA a en effet l’honneur de participer aux travaux du Comité des directeurs avec le directeur de la Police aux frontières. Un exemple de plus du mélange des genres entre protection des réfugiés et contrôle des frontières. CRR. Tout le monde peut se tromper, même l’OFPRA. Il est donc normal qu’en cas de rejet par l’Office, le demandeur puisse exercer un recours devant la « Commission des recours des réfugiés ». Encore faut il que le demandeur soit autorisé à se maintenir sur le territoire pour aller se défendre devant cette instance. Malheureusement, ce droit est de plus en plus rogné. Dernière restriction : l’adoption en juin 2005 par le Conseil d’administration de l’OFPRA d’une liste de douze pays d’origine « sûrs ». Une nouvelle catégorie de requérants auxquels la procédure « prioritaire » est appliquée, ce qui signifie refus de titre de séjour, absence de droits sociaux et de recours suspensif. CADA. En 2004, seuls 10 % des nouveaux demandeurs d’asile adultes ont été hébergés dans un Centre d’accueil pour demandeur d’asile. C’est peu surtout que l’assistance offerte généralement par ces structures donne une meilleure chance d’obtenir l’asile. L’annonce de la création de 2 000 places supplémentaires en 2006 est une bonne nouvelle, même si cela risque de s’avérer insuffisant. L’annonce simultanée d’une réforme de l'allocation dite d'insertion est particulièrement inquiétante : elle ne serait en effet plus versée au demandeur qui refuserait l’hébergement qui lui est proposé. ANAEM ou SSAE. Depuis de nombreuses années, le « Service social d’aide aux émigrants » vient en aide aux demandeurs d’asile mais aussi à certains déboutés. Il cesse ces activités. Une « Agence de l’accueil aux étrangers et des migrations » va l’englober ainsi qu’un autre office, l’OMI. L’indépendance de l’association SSAE est révolue, l’ANAEM sera sous contrôle de l’Etat. Et la CFDA perd un de ses membres actifs. MEC. Je n’ose commenter les recommandations de juin 2005 de cette « Mission d’évaluation et de contrôle » mise en place à l’Assemblée Nationale. L’auteur, la Commission des finances, semble avoir cherché, à tout prix, à faire des économies sur le dos des demandeurs d’asile : réduction du délai de préparation du dossier, suppression de l’effet suspensif de certains recours, renforcement des contrôles et instauration d’une procédure rapide à la frontière, création d’une obligation de résidence réelle et de présentation mensuelle à la préfecture…

AISF, seule ou au sein de la CFDA et de l’ANAFE, va poursuivre ses actions. Ce sera de plus en plus dur. En 2004-2005, il a fallu s’engager à plusieurs reprises dans la voie des recours au Conseil d’Etat contre des décrets. Gageons qu’un jour, les quelques demandeurs qui arriveront encore seront mieux reçus, qu’ils auront tous accès à des conseils et, en cas de nécessité à un interprète, à un entretien et, en cas de rejet, à un recours suspensif avec un avocat. Un jour. En attendant les arrivées de demandeurs d’asile en Europe et en France ne cessent de chuter sans que quiconque puisse dire ce que deviennent ceux qui échouent en route.

Patrick Delouvin Chargé des questions d’asile à Amnesty International

L’éducation à l’honneur au MRAP le 18 juin 2005 L’éducation, moyen structurel de prévention contre le racisme a toujours été, pour le MRAP, une priorité. Comme chaque année, des journées de rencontre et de réflexion sont organisées sur l’Education à la citoyenneté contre le racisme. Celle de Juin a pour but de globaliser les travaux des comités locaux sur l’Education et de multiplier les échanges. Cette année, plus de 60 comités locaux et fédérations ont participé à cette journée en envoyant des documents, en apportant des objets créés par des jeunes et/ou en participant aux débats. L’exposition des travaux des comités locaux pour la Semaine de l’Education Contre le Racisme et durant toute l’année fut très fréquentée. Elle démontre, si besoin est, l’investissement des comités locaux dans l’éducation. De nombreux échanges eurent lieu, dans une grande convivialité D’abord sur le matériel pédagogique, tant de la Semaine de l’Education Contre le Racisme que du MRAP (40 000 documents envoyés aux comités locaux). Il est en général apprécié,notamment le supplément « Éducation » à Différences pour la SECR Une forte demande de nouveaux documents, notamment pour les plus jeunes apparaît (nouvelle affiche, exposition, etc.). Les échanges portèrent également sur les interventions auprès des jeunes. Il est souligné leur maturité, leur ouverture, le rejet de toute exclusion, mais aussi la difficulté à les faire s’exprimer (utilité des ateliers d’écriture) et à décrypter leurs réactions du type « encore parler du racisme », les injures etc . Il fut également question de la grande confusion entre nationalité, origine, religion (une BD est envisagée). Le court métrage de Jonathan Zoltak Points de suture sur l’antisémitisme ,avec son questionnaire, ou le film « la face dit la vie » de J. F. Hirsch furent évoqués comme de bons supports pédagogiques. Table ronde sur les discriminations racistes à l'école avec l’Association « Agir contre les discriminations à l’école ». Les pratiques discriminatoires de l’institution sont mises en avant (orientations, affectation dans les établissements, composition des classes, stages, traitement des parents). Le MRAP fait un questionnaire. Puis Abdel Ryan présente son court métrage « Manque de peau » sur les discriminations dans un stage, puis à l’embauche. Le film, bien accueilli ,fut suivi d’un vif débat sur certains aspects pouvant renforcer l’image stéréotypée du « jeune de banlieue ». Ce film fait partie de la nouvelle version de « pas d’histoires » (DFCR) Table ronde sur la scolarisation et la scolarité des enfants du voyage avec la Commission tsiganes et gens du voyage du MRAP ainsi que des représentants d’associations. La scolarisation de ces jeunes est une question cruciale. En effet, cette population en France depuis le 15e siècle est toujours rejetée comme si elle était étrangère. Si les lois Besson (1990-2000) et des textes administratifs (Bulletin Officiel de l’Education Nationale 2002 notamment) donnent un cadre pour permettre l’accès à l’école, de nombreux problèmes demeurent, malgré des expériences positives dans quelques académies ; les 6-12 ans sont les mieux scolarisés ; de gros progrès restent à faire pour les 12-16 ans et l’accès à une qualification professionnelle. Les représentantes des associations présentes qui agissent en médiation pour les gens du voyage dénoncent les discriminations qui touchent toujours ces populations et notamment les jeunes pour accéder à la scolarité, au droit commun. Les participants ont parlé des expériences dans leur région. Beaucoup, très intéressés, souhaitent plus de précisions et desdocuments. Le MRAP termine une exposition sur les gens du voyage pour les .12-18ans .Une version pour les plus jeune est souhaitée. La journée , très amicale , fut enthousiasmante, pour beaucoup souvent trop courte.. Des week end sont envisagés...

Catherine de Wenden, « L’ouverture des frontières de l’Europe est inévitable » Différences : L’Europe a toujours été une terre d’immigration mais quelle est l’ampleur du phénomène aujourd’hui ? Catherine de Wenden : Il y a entre 1 et 1,4 million d’immigrants légaux par an. C’est plus que les Etats-Unis, le Canada et l’Australie réunis qui sont en dessous de un million. L’Europe est une terre d’immigration malgré elle. Cela explique que dans ce domaine, elle a toujours 20 ans de retard. Sa politique migratoire s’est construite autour de scénarios erronés. On a cru par exemple vers 1974 que l’ère des grandes migrations de masse était révolue ou encore que les nationaux et les Européens allaient se substituer aux non Européens sur le marché du travail alors qu’on assiste à une certaine ethnicisation du marché du travail, liée à la discrimination à l’emploi et à la pénibilité de certaines professions. Troisième idée fausse : celle que les Européens seraient très mobiles à l’intérieur de l’Union. On a vu que c’était faux. Là-dessus sont venus se greffer les thèmes du vieillissement de l’Europe et de la pénurie de main-d’œuvre et aujourd’hui le débat se concentre sur l’éventualité d’une reprise de l’immigration. Diff. Comment expliquer que l’Europe attire plus que d’autres régions riches de la planète ? Ch. de W : L’Europe attire car elle possède des frontières avec des pays pauvres. Dans ces pays, les gens reçoivent des chaînes de télévision qui montrent le mode de vie des Européens. Les gens se disent qu’à 200 kilomètres de chez eux, ils peuvent gagner dix fois plus. En outre, beaucoup de candidats à l’immigration ont de la famille dans les pays de l’Union. Cela favorise l’immigration légale par regroupement familial par exemple. Ceux qui sont issus d’anciennes colonies parlent la langue de l’ancien pays colonisateur. Les pays qui ont peu de liens en dehors de leurs frontières comme en Europe du Nord connaissent peu d’immigration car les immigrants connaissent peu ces pays et n’y ont pas de réseau. Sans réseau, il n’y a pas d’immigration. Diff. L’adhésion de dix pays issus pour beaucoup de l’ex-bloc soviétique a-t-elle favorisé une augmentation de l’immigration vers l’Europe comme cela a souvent été dit ? Ch. de W : L’invasion prédite par certains n’a pas eu lieu. Les immigrés de l’Est de l’Europe circulent mais ne s’installent pas (c’est souvent le cas de ceux qui ont des papiers en règle). Les clandestins quant à eux sont coincés et restent. Cette liberté de circuler, beaucoup de pays de l’Union n’y avait pas eu droit au moment de l’adhésion comme la Grèce, l’Espagne ou encore le Portugal. Seuls l’Angleterre et l’Irlande y avait échappé. De plus les nouveaux pays entrant doivent eux-mêmes faire face à une immigration accrue. Diff. l’Union donne-t-elle les moyens à ces pays de répondre à ce nouveau défi ? Ch. de W : Ils ont du intégrer « l’acquis de Schengen » et donc renvoyer les migrants qui sont passés par leur pays. C’est une charge importante qui nécessite de gros moyens financiers et les mafias ont l’habitude tenace de passer par ces pays. L’Europe a mis en place une coopération policière qui fonctionne. Sont fichés les clandestins, les demandeurs d’asile déboutés, les délinquants et les passeurs. Diff. La politique l’UE et de la France est plutôt répressive, n’est-ce pas contradictoire avec les besoins de main-d’œuvre ? Ch. de W : La répression est de mise en matière d’immigration depuis les années 1990. C’est à cette époque que les ministères de l’Intérieur français ont récupéré la gestion de cette question. On a connu alors un tournant sécuritaire dans un contexte de montée du Front National. On y est encore, même si les exhortations à ouvrir les frontières se font plus fortes. C’est bien entendu contradictoire avec les besoins du marché du travail. Diff. Une harmonisation de la politique des pays de l’UE est-elle envisageable dans un avenir proche ? Ch. de W : La difficulté, c’est que chaque pays a une vision propre du problème. En Europe du Nord, le point sensible qui accapare l’attention c’est Kaliningrad alors qu’en Espagne tous les yeux sont tournés vers Gibraltar. Les ultralibéraux au Royaume Uni et en Irlande favorisent l’immigration qualifiée. L’Allemagne quant à elle a reçu l’essentiel des demandeurs d’asile qui ne frappent pas à la porte de tous les pays de l’Union comme cela a souvent été dit. On ne partage pas le « fardeau » sur l’ensemble du territoire de l’Union. Personnellement, je pense que l’ouverture des frontières de l’Europe est inévitable dans un avenir proche. Les pays de l’Union s’acheminent avec plus ou moins de réticences vers ce scénario car il y a une véritable prise de conscience. Diff. Où se situe la France dans cette cacophonie européenne ? Ch. de W : Elle n’est pas en pointe comme l’Allemagne mais elle n’est pas à la traîne non plus. La France commence à réfléchir à son ouverture, timidement. Il y a la prise de conscience que nous évoluons dans une économie mondialisée et que nous manquons de plus en plus de main-d’œuvre. Dans notre pays, il n’y a pas assez de menuisiers, de plombiers, etc. Pour l’instant l’ouverture s’adresse aux gens qualifiés même si nous avons besoin aussi de main d’œuvre sans diplôme, de bras. Mais ceux-là devront encore attendre, en France comme ailleurs dans l’Union. Diff. Comment expliquer que nous manquons de main-d’œuvre alors que la France compte environ trois millions de chômeurs ? Ch. de W : Le marché du travail est tellement segmenté que les travailleurs immigrés visent des postes particuliers, rarement occupés par des nationaux. C’est le cas dans le bâtiment ou le maraîchage, connus pour leur pénibilité, la confection où les gens travaillent parfois 15 heures par jour. Parfois les postes sont vérouillés car les employeurs sont eux-mêmes étrangers. Les Français n’acceptent pas de travailler dans certains secteurs comme la garde de personnes âgées, une profession peu gratifiante, très aléatoire et qui ne permet pas de faire de projet. En Italie, le gouvernement a régularisé tous les étrangers qui travaillent dans ce secteur pour faire face aux besoins. Diff. En France, beaucoup d’hommes politiques de droite comme de gauche se disent favorables à l’application de quotas. Que pensez-vous d’une telle mesure ? Ch. de W : J’y suis très favorable car cela permet une grande transparence et d’annoncer la donne aux pays du Sud et de l’Est. Cela permettrait d’évaluer les secteurs où il y a pénurie de main-d’œuvre, de désengorger les demandes d’asile, de faire prendre conscience à la population que le pays a besoin d’immigrants. Pour les immigrés, c’est leur donner la chance de faire quelque chose de leur vie, chance qu’ils n’ont pas dans leur pays d’origine et c’est aussi leur donner une dignité.

Propos recueillis par L-F Cousin

Nouvelle exposition du Mrap

LES GENS du VOYAGE

Réalisée à la demande des comités locaux par le secteur Education et la commission Tziganes et gens du voyage du MRAP , afin de mieux faire connaître cette population à la culture si riche, qui subit de plein fouet racisme et discriminations.

Elle s’adresse plus particulièrement aux jeunes de 12 à 18 ans.

Elle comporte 14 panneaux de 60 sur 80 cm

De manipulation facile, elle sera disponible sur carton avec œillets.

Le vernissage aura lieu à l’occasion du colloque sur les Rroms le 19 Novembre à Paris

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