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LIBYE - Contre l’engrenage militaire - Urgence d’une solution politique !

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Le MRAP a, depuis le premier instant, manifesté sa pleine solidarité aux mouvements populaires pour la démocratie, l’égalité et la justice sociale en Libye, comme avant en Tunisie, en Égypte, ainsi que dans l’ensemble de la région arabe.

Il a aussi condamné la dérive meurtrière du dictateur de la Jamahiriya libyenne – prêt à tout pour se maintenir au pouvoir – et qui devra répondre devant la Cour Pénale Internationale des crimes de guerre qu’il aura commis.
Pour autant, le MRAP se doit de mettre en garde contre la grave et dangereuse aventure guerrière menée aujourd’hui par les forces de l’OTAN, tout particulièrement sous l’impulsion des gouvernements français et britanniques, au nom de « la protection des populations civiles libyennes » alors que l’alliance atlantique prépare actuellement l’opinion publique à ce que les bombardements se poursuivent jusqu’en septembre.

Il est clair que l’intervention militaire ne s’est pas limitée à la stricte application de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations Unies visant à « la protection des populations et zones civiles, et à assurer l’acheminement sans obstacle ni contretemps de l’aide humanitaire et la sécurité du personnel humanitaire ». L’intervention aérienne a causé de nouvelles victimes civiles. En Libye, comme précédemment en Irak et en Afghanistan – malgré des contextes différents - la mémoire nous impose de garder présentes à l’esprit les violations graves des droits humains et, plus généralement des normes du droit international : crimes de guerre ou crimes contre l’humanité.

Le silence complice de l’ensemble de la communauté internationale concernant les massacres en Syrie – dont la situation géostratégique particulière ne peut être confondue avec celle de la Libye – renvoie directement à la vérité de l’intervention de l’OTAN en Libye où l’escalade militaire a prouvé que la véritable préoccupation n’était pas la « protection des civils » mais bien la défense d’ intérêts complexes et multiples de la part de la coalition : contrôle des richesses énergétiques de la Libye, intérêts géostratégiques au Moyen Orient en en Afrique, crainte des conséquences du vent de liberté soufflant sur le monde arabe....

Trois mois de bombardements intensifs, appuyés par des « conseillers » au sol (non prévus dans la résolution onusienne), n’ont pas permis de conférer une légitimité reconnue au Conseil National de Transition (CNT) -, coalition d’éléments disparates aux intérêts divergents dont le point commun est leur opposition déterminée au régime du « Guide » - mais où les véritables démocrates ne sont qu’une minorité.

De hauts responsables militaires doutent d’une victoire des insurgés. La mission
d’experts, organisée à l’initiative du « Centre international de recherche et
d’études sur le terrorisme et d’aide aux victimes du terrorisme » (CIRET-AVT) et
du « Centre français de recherche sur le renseignement » (CF2R) a rendu son rapport
le 30 mai 2011. Cette mission conclut : « Les puissances occidentales ont fait
preuve d’un aventurisme coupable en s’engageant dans cette crise, à moins qu’il
ne s’agisse d’un machiavélisme parfaitement cynique..L’intervention occidentale
est en train de créer plus de problèmes qu’elle n’en résout. » Cette intervention a
notamment voué à l’échec les démarches de l’Union Africaine - il est vrai bien peu
« démocratique » dans son ensemble et manquant, de ce fait, de la crédibilité nécessaire
pour peser sur le processus - qui tentait, dans un premier temps, de trouver une
solution politique au conflit armé en Libye.

Le MRAP réitère avec force son appel à une solution politique négociée sous les
auspices des Nations-Unies et de la communauté internationale. Une telle solution
exige d’urgence, pour la sauvegarde du peuple libyen :
- l’arrêt des bombardements et des interventions de l’OTAN,
- l’engagement d’initiatives politiques pour l’établissement d’un cessez-le-feu
multilatéral, ouvrant la voix à une solution politique.

En attendant, la France se doit d’accueillir immédiatement les réfugiés de Libye
qui chercheraient refuge sur son territoire.

Plus généralement, le MRAP rappelle son choix fondamental du « devoir de protection
» contre le « droit d’ingérence ». Protéger ne peut être bombarder, ce qui
conduit irrémédiablement à provoquer d’autres victimes civiles. Protéger impose
de faire des droits humains fondamentaux – qu’ils soit civils, politiques, économiques,
sociaux ou culturels - une priorité absolue et universelle, face aux intérêts
des États.

Un tel choix impose en priorité de cesser toute vente d’armes à des dictateurs et
toute complaisance à leur égard, sans attendre que la révolte des peuples ait rappelé
haut et fort qu’il s’agissait bien là de dictatures.


Paris, le 30 juin 2011

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