Guadeloupe : une violence héritée du colonialisme et des discriminations
Au 29ème jour de la grève générale en Guadeloupe, l'irréparable est
survenu : Monsieur Jacques Bino, délégué de la CGTG et militant actif du
mouvement culturel AKIYO a été tué par balle.
Il est encore trop tôt pour savoir comment ce triste événement c'est
exactement déroulé. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que la
responsabilité de l'escalade intervenue en Guadeloupe depuis le début de
cette semaine incombe à l'Etat français. Face à un mouvement de
protestation très largement ancrée dans la population locale - avec des
manifestations jusqu'à 65.000 participants à Pointe-à-Pitre, pour une
population totale de l'île qui ne dépasse pas les 450.000 - et une
colère sociale profonde et légitime, le gouvernement français a choisi
la voie de la répression.
Aurait-il fallu au gouvernement, après quatre semaines de "
pourrissement " du conflit, un tel événement tragique pour qu'il se
penche sérieusement sur une solution au conflit ?
Les causes de la crise comme son traitement mettent en lumière le
racisme et le colonialisme dont sont victimes les populations en lutte.
Ainsi, lors de l'évacuation brutale des barrières dressées par des
protestataires, ce lundi, des militants ont fait l'objet d'insultes
racistes. Alex Lollia, dirigeant syndical de la CTU a été blessé par la
police et traiter de " sale nègre ". Par ailleurs, selon le journal
Libération, un habitant " blanc " de Guadeloupe, a signifié aux
gendarmes - au vu de leur comportement - " avoir honte d'être Français
aujourd'hui ", il se serait vu répondre : " Va changer de pays, va
vivre en Afrique ou au Larzac ".
Parallèlement, le MRAP s'apprête à se constituer partie civile dans le
dossier pénal concernant les propos inacceptables tenus par Monsieur
Alain HUYGHUES-DESPOINTES, en s'associant à la plainte déposée par des
habitants des Antilles auprès du Parquet de Fort-de-France. Monsieur
HUYGGYES-DESPOINTES, qui n'est pas " n'importe qui " mais l'un des
principaux patrons présents à La Martinique et en Guadeloupe, a cru bon
de tenir, dans une émission de télévision du 06 févier dernier, les
propos racistes suivants : " Dans les familles métissées, les enfants
sont de couleurs différentes, il n'y a pas d'harmonie. Moi, je ne trouve
pas ça bien. Nous (les Békés), on a voulu préserver la race. " Il a par
ailleurs minimisé les horreurs de l'esclavage, crime contre l'humanité
enfin reconnu par la République depuis la Loi Taubira de 2001 : " Les
historiens exagèrent un petit peu les problèmes. Ils parlent surtout des
mauvais côtés de l'esclavage, mais il y a eu des bons côtés aussi. C'est
où je ne suis pas d'accord avec eux. " Ces propos éhontés constituent
une apologie d'un crime contre l'humanité, reconnu comme tel par les
lois de la République.
La colère de toute une jeunesse, de toute une population est plus que
compréhensible. Elle s'enracine dans des structures sociales enracinées
dans le colonialisme, dans des discriminations racistes vécues au
quotidien. La caste sociale des " Békés " - descendants des anciens
maîtres d'esclaves, habitants blancs refusant de se mélanger alors que
quasiment toute la population des îles possède des origines extrêmement
mélangées - représente moins d'un pour cent de la population, en
Guadeloupe ou La Martinique.
Paris, le 19 février 2009
Last modified 2009-04-10 09:09 AM


