Les Harkis insultés : le MRAP s’élève contre la banalisation de l'explosion du racisme.
Le mercredi 3 février, Dominique Bussereau,- secrétaire d’Etat aux transports auprès du ministre d’Etat Jean-Louius Borloo – s’exprimant à propos du choix de Ségolène Royal d’inclure des membres du MODEM dans sa liste pour les élections régionales en Poitou-Charente, n’a pas hésité à déclarer : « Oui, enfin, elle rassemble des harkis, hein, si vous me permettez l'expression. Des gens qui vont un peu dans cette affaire, parce qu'ils n'ont pas d'autres moyens d'être élus. »
S’il convient de prendre dûment note des excuses diffusées par M. Bussereau dès jeudi soir 4 février, il est cependant impossible de ne pas souligner que ces excuses ne pourront en rien effacer des propos qui blessent en profondeur la respectabilité d’un groupe de concitoyens particulièrement meurtris par l’histoire française.
De plus, ce grave dérapage verbal s’inscrit dans une longue continuité :
- Dans le même type de registre, il y a à peine quelques mois, M. Brice Hortefeux, ministre de même gouvernement, se distinguait.
- Avant lui, le 24 avril 2007 Pierre Lellouche, député UMP, déclarait : « ...M. Bayrou fera ce qu'il voudra. (...) En revanche, les députés qui vont nous rejoindre auront leur place. Ce ne seront pas des harkis ou des chaouch de la majorité présidentielle. Ils seront soutenus au moment des législatives. Ceux qui se mettront contre Nicolas Sarkozy en tireront les conséquences »
- Pour sa part, le maire UMP de Gussainville dans la Meuse – André Valentin – déclarait le 30 novembre dernier à Verdun : « j'ai fait la guerre avec les harkis, il y en a de très respectables ». De son côté, Jean-Pierre Raffarin dans l'Express du 7 décembre 2006 écrivait: « Nous ne voulons pas être les harkis de l'UMP ».
- Et enfin G. Frêche avait, quant à lui, défrayé une fois de plus la chronique en déclarant à Montpellier le 11 février 2006 « Vous êtes des sous-hommes ! Vous êtes sans honneur » .
Il faut y ajouter l'agression de la Présidente de l'association "Harkis Droits de l'Homme" le 3 février dernier dans l'enceinte du Sénat.
La stigmatisation raciste d'une catégorie de Français au passé douloureux, qui furent des victimes de la colonisation, ne constitue en rien une série de simples dérapages verbaux, échappés comme par hasard de la bouche de responsables politiques, mais sont bien le fruit d’une volonté politique, celle de récupérer les voix des électeurs du Front national.
Le MRAP rappelle que dans ce contexte, la teneur honteuse des débats sur l'identité nationale lancés par le ministre de l'immigration et de l'identité nationale met en évidence que, pierre par pierre, se construit sous les yeux des citoyens français une véritable xénophobie d'état, ferment et banalisation de l'explosion du racisme.
Paris , le 5 février 2010
Last modified 2010-02-05 05:40 PM


